Dans l’historiographie d’Haïti de la seconde moitié du XXe siècle, le mot « révolution » a émergé en 1946 et en 1986. Ces deux années ont vu des cascades d’événements qui ont bouleversé brusquement l’échiquier politique. Certains y ont vu des exemples de révolutions. En janvier 1946, ce fut la chute d’Élie Lescot, un président rétrograde, détesté pour des raisons multiples par la majorité de la population. Ce fait historique a suscité de grands espoirs de changement en profondeur. Des personnalités de la bourgeoisie éclairée, enthousiasmées par le rôle joué par les puissances occidentales dans la lutte contre le fascisme à l’occasion de la Seconde Guerre mondiale se sont prononcées en faveur de la démocratie libérale pour Haïti. Des jeunes de Port-au-Prince, particulièrement des lycéens et des étudiants éblouis par le succès de l’URSS sur le régime hitlérien en Europe, ont prôné publiquement le socialisme pour transformer la société haïtienne. Pourtant, aucune politique réelle n’a été appliquée par les gouvernements issus de la crise de 1946 pour transformer Haïti. Ce fut une grande déception.