Roman. Dans la famille de Pauline, les garçons sont médecins et les filles, femmes de médecins, mais ça c’était hier. Elle est présentée à un jeune homme, Pierre-Louis ; lui se souvient d’elle ; elle ne se souvient pas de lui ; leurs familles sont amies ; ils n’ont pas les mêmes souvenirs des fêtes de l’enfance. Une étrange impression s’ancre en elle, qui remonte à ses toutes premières années, qu’elle a vécues là où aujourd’hui vit Pierre-Louis, à Passy.Ces deux êtres sont en transit. L’histoire des sciences et l’histoire de la médecine, objets de leurs études, offrent un contrepoint aux rendez-vous, et même une source d’images inattendues.Tirées de Descartes ou du système métrique, ces images éclairent la force du lien qui se tend entre Pierre-Louis et Pauline. On dirait que ces images appartiennent non seulement à l’histoire des sciences mais aussi à l’histoire contemporaine de l’amour. Le Canard enchaîné, 25/10/2017 « Ça ne risque pas que j’épouse un médecin… » Pauline est présentée à Pierre-Louis, jeune psychiatre qui joue très bien du piano « de marque Bechstein ». On est à Passy, aux abords du pont de Bir-Hakeim : « dans le salon, les collines des canapés ondulent aussi loin que porte le regard. » Un monde s’évanouit : les messieurs « sentencieux » qui faisaient du pied sous la table aux jeunes filles ne sont plus. Ni ces dames élégantes, « ce genre de femme autruche qui ne saurait mettre la main à la pâte du monde ». Pierre-Louis, « peu hardi », se dérobe. Mieux vaut draguer sur Internet pour trouver un amant ou – qui sait ? un mari. Car les jeunes filles comme Pauline « n’épousent plus les médecins, elles sont la médecine. » Fin d’une certaine bourgeoisie. Dominique Sels sait adoucir les contours, suggérer sans appuyer. Des personnages qu’on dirait échappés d’un film de Rohmer traversent ce beau tableau. Et le fantôme de Proust caresse les canapés. F.P. Dominique Sels, Passy, roman, éd. de la Chambre au Loup, 23 €